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Douleurs du monde / Arthur Schopenhauer

Et voici donc, dans l’élan joyeux de vous écrire encore et encore, Douleurs du monde / Pensées et fragments, le livre qui clôt la trilogie sur Schopenhauer. Celle-ci est d’ailleurs volontairement périphérique, refusant ainsi de s’attaquer au bloc philosophique qu’est l’ouvrage Le monde comme volonté et comme représentation. Essentiellement, il y a trois « raisons » à ce décentrement : d’abord, le fait que je voulais lire avant tout L’art d’avoir toujours raison. Ensuite, la présence d’un désir un peu faiblard de se manger les plus de 1400 pages de l’ouvrage central de Schopenhauer. Enfin, avec cet ouvrage Le monde comme volonté et comme représentation, c’est un véritable dossier philosophique qu’il m’aurait fallu faire et non pas simplement une critique de lecture comme je le fais ici.

Douleurs du monde / Pensées et fragments, délivre la pensée d’un monde telle que son titre le laisse paraître. Autrement dit, on ne s’extasiera pas avec Schopenhauer du charme et de la joie que l’on peut éprouver à la vue de ce monde, et comme il le dit très bien lui-même sur le ton d’un questionnement rhétorique : « Le monde n’est-il donc qu’une lanterne magique ? » Autrement dit, la beauté du monde ne rachète pas sa misère. Dès lors, que nous faut-il en conclure de ce monde ? 

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L’art de l’insulte / Arthur Schopenhauer

L’art de l’insulte peut apparaître comme la suite logique de L’art d’avoir toujours raisonpuisque l’insulte correspond au dernier stratagème énoncé par Schopenhauer : « Si l’on s’aperçoit que son adversaire est supérieur et qu’on va perdre la partie, que l’on prenne un ton personnel, offensant, grossier. Devenir personnel, cela consiste à passer de l’objet du débat (puisqu’on a perdu la partie) au contradicteur lui-même et à s’en prendre à sa personne […] »

Mais dans la foulée de vouloir lier les deux ouvrages, nous devons prêter attention au statut un peu particulier de ce livre qu’est L’art de l’insulte. Car en effet, il n’est pas à proprement parler une œuvre de Schopenhauer, mais plutôt un ouvrage monté de toute pièce par le spécialiste de la philosophie de Schopenhauer qu’était Franco Volpi (philosophe Italien mort en 2009). Celui-ci connaissait bien la propension vigoureuse de Schopenhauer à insulter, dédaigner et outrager tout un tas de personnes, d’institutions, de peuples, vilipendant jusqu’à sa pauvre mère ; propension que l’on trouve distillée dans l’ensemble de ses écrits. L’art de l’insulte correspond donc au travail de Franco Volpi qui réunit ici un ensemble d’insultes pour en faire un ouvrage.

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L’art d’avoir toujours raison / Arthur Schopenhauer

Il est temps aujourd’hui de parler de ce que nous pouvons appeler un petit bijou de philosophie ; de nature assez pessimiste mais surtout véritable manuel de combat et de défense pour décrypter et triompher dans les discours, voici donc L’art d’avoir toujours raison. Ce traité de Schopenhauer rédigé en 1830-31, sera complété ensuite par une œuvre posthume de l’auteur, L’art de l’insulte, puis de Douleurs du monde (pensées et fragments) qui offrira surement l’occasion de mieux comprendre les deux œuvres précédentes. Ici commence donc mon troisième triptyque, et il est dédié à Arthur Schopenhauer.

Ils sont assez rares, ces livres philosophiques, qui mangent peu de pages et qui sont autant abordables qu’importants. Alors qu’en nous en croisons un, c’est avec une certaine joie que nous nous empressons d’en croquer l’intelligence. L’art d’avoir toujours raison est un livre qu’il faut lire plusieurs fois ; une première, pour montrer à tous que nous avons lu du Schopenhauer, cela fait toujours bien dans nos relations mondaines, mais il est aussi un livre à conserver près de soi et à reprendre de temps à autre tant son propos peut nous être utile à affronter les pièges que nous tendent les discours, ou encore, à nous-mêmes poser des pièges pour dominer notre adversaire, après tout il s’agit du but de Schopenhauer.  

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Acide, Arc-en-ciel / Erri De Luca

Après Le jour avant le bonheur, et après Le contraire de un, voici le moment de clore ce triptyque sur l’auteur Italien Erri de Luca en parlant de son livre Acide, Arc-en-ciel. Décidément, j’avoue avoir de la difficulté avec l’auteur, mais pourquoi diable Acide, Arc-en-ciel est-il si difficile à lire ? Le propos est intéressant et donne envie d’en savoir plus, certains passages sont magnifiques, empreints d’une poésie minérale, solaire, terrestre, une poésie de la matière qui donne corps aux personnages ; mais alors, nous nous perdons totalement dans cette lecture, tant et si bien qu’il peut être difficile de rouvrir le livre pour le continuer ; n’ayez crainte, je l’ai tout de même terminé.

Certainement, je ne conseille pas le livre aux lecteurs débutants car il faut s’y accrocher à l’arc-en-ciel. Il n’est pas celui d’une contemplation sereine alors que l’averse fait place au soleil, lever la tête et rêver, pas de cela ici, il s’agit plutôt de se confronter directement à la réfraction, la réflexion et la dispersion des radiations qui produisent l’arc-en-ciel lui-même. Terminé le phénomène optique vive le corps à corps. Le corps, un grand corps ouvert et peu couvert au monde, on pourrait presque faire un lien avec la philosophie de Merleaux Ponty tant les corps d’Erri de Luca apparaissent comme fondateurs de la conscience. Si ce n’est qu’avec Erri de Luca, la conscience on s’en fiche un peu, c’est la virilité de l’affrontement avec la matière qui compte, l’effritement, la sueur du travail ouvrier, la sueur du missionnaire ; c’est aussi l’échange avec la matière, une participation étrange à la manière du personnage principal qui entretient une relation étrange avec les pierres de sa maison qu’il ne quitte pas.

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Le contraire de un / Erri De Luca

Pour mon second article sur l’auteur Erri De Luca, j’ai choisi un livre assez différent du premier puisqu’il n’est pas un roman mais un recueil de nouvelles intitulé Le contraire de un. Mon premier article, sur le roman Le jour avant le bonheur, mettait en avant la difficulté de lecture que j’avais ressenti. J’avais alors cherché ce qui dans le texte me paraissait difficile, et j’avais notamment montré en quoi cette difficulté était volontairement recherchée. Avec ce recueil de nouvelles, ce n’est pas de difficulté dont je vais parler, car l’ensemble m’est apparu plus facile à lire. Est-ce là l’habitude qui commencerait à pointer le bout de son nez, ou le format (recueil de nouvelles) qui ne permettrait pas à la difficulté de s’installer, je ne saurais exactement le dire, surement un peu des deux.

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