Orson Scott Card, La stratégie Ender

La stratégie EnderPublié la première fois en 1985, recevant le prix Nebula la même année, puis le prix Hugo l’année suivante, La stratégie Ender impose donc son autorité dès le départ. Continuant son chemin, ce roman de l’auteur américain Orson Scott Card, est devenu aujourd’hui un classique de la science fiction. Un classique oui, mais pas de chef-d’œuvre à l’horizon, juste un bon livre, et agréable à lire si tout du moins, on fait l’impasse sur une traduction un peu flottante.

Si La stratégie Ender est le premier tome d’un cycle, il n’empêche néanmoins que vous avez là un roman tout à fait autonome. Il n’est absolument pas nécessaire de lire la suite, tout comme, rien ne vient vous en empêcher. L’autonomie du roman est ici une qualité, car il faut bien avouer que des cycles ayant pour base un premier roman autant autonome, cela ne court pas les rues.

Au sein d’un monde humain, marchant comme toujours autant sur le fil du rasoir, mais néanmoins unifié par la menace extraterrestre que représente les doryphores, un enfant a été choisi pour, en quelque sorte, incarner la figure paradigmatique du guerrier historique, afin de mener les armées à la guerre, et on l’espère, afin d’amener la victoire à l’humanité.

Il se nomme donc Ender, il a six ans au début du roman, il est le troisième enfant de la famille Wiggin, et sa naissance a été stratégiquement autorisée par l’instance dirigeante. Au sein de cette société, les naissances sont contrôlées, et les jeunes enfants sont équipés d’un « moniteur ». C’est un appareil qui enregistre tout, et qui permettrait ainsi de repérer les enfants les plus intelligents de la planète pour qu’ils intègrent l’école de guerre, une station orbitale sous la responsabilité de la Force Internationale, (FI), ayant pour but de former les futurs capitaines de vaisseaux, commandants de flottille et amiraux de la flotte.

Comme Valentine et Peter, respectivement sœur et frère d’Ender, sont des enfants exceptionnellement intelligents aux yeux de la FI, celle-ci a donc autorisé une troisième naissance, espérant ainsi que le petit dernier corresponde parfaitement aux attentes. Jackpot ! Sous l’autorité et la surveillance du Colonel Hyrum Graff, Ender (6 ans) intègre l’école de guerre.

Au sein de ce livre, vous retrouverez ce qui fait la force de la science fiction. Par exemple : la capacité à produire un monde cohérent qui nous est étranger et pour lequel nous allons nous passionner, et en même temps, qui nous parle vivement du notre. Ou encore : la capacité à tenir un discours technologique et sociétal, qui anticipe avec intelligence nos sociétés d’aujourd’hui. Comme La stratégie Ender répond habillement aux codes de la science fiction, cela en fait déjà un livre bien sympathique. Le discours est clair, l’univers bien prenant, et l’anticipation y est passionnante.

Néanmoins, bien répondre aux codes d’un genre, ce n’est pas suffisant pour en faire un bon livre. Encore nous faut-il « le petit plus », c’est-à-dire ce quelque chose qui transforme un bouquin acceptable en un bon. Ici avec la stratégie Ender, c’est notamment la problématique de l’enfance ainsi que cette anticipation passionnante, qui jouent toutes deux ce rôle de pivot.

On ne sait plus comment qualifier ces « enfants » tant ils sont déjà de redoutables soldats mais demeurent de fait des enfants. D’autant plus que la formation militaire repose intégralement sur le concept de « jeu », qu’il s’agisse du jeu vidéo, de la simulation, ou du jeu beaucoup plus physique. Alors certes, ce n’est pas la première fois que l’on interroge ainsi l’enfance, ce n’est pas non plus la première fois que l’on interroge la notion de « jeu », mais Orson Scott Card, au lieu d’en retirer du pathos ou du spectaculaire, comme il arrive très souvent, préfère exprimer à la place la délicate tension de l’idée, qu’il accompagne en plus d’une douce mélancolie.

A la différence du célèbre livre de William Golding, Sa majesté des mouches, le discours ici d’Orson Scott Card ne consiste absolument pas à repeindre le monde soi-disant innocent de l’enfance en une société tribale. L’atmosphère est ici plus subtile, et cela notamment parce que l’auteur ne cherche pas à démontrer une thèse particulière. C’est par la voix intime du personnage principal (Ender) que la narration se construit, et non la voix surplombante d’un auteur et de son discours philosophique. Alors certes, les enfants ne sont pas ici totalement livrés à eux-mêmes comme dans Sa majesté des mouches, il y a donc la présence de l’adulte. Cependant, il s’agit là d’une présence discrète, qui ne s’occupe pratiquement de rien, si ce n’est des affaires d’adultes et de l’observation permanente des enfants.

Comme le titre l’indique, la stratégie est au cœur du roman. Ender doit devenir ce grand stratège historique capable d’écraser son adversaire. Néanmoins, ce n’est pas les différentes stratégies élaborées que nous suivons, mais plutôt l’écoute singulière d’Ender qui écoute son propre changement autant qu’il le questionne.

4 réflexions au sujet de « Orson Scott Card, La stratégie Ender »

  1. La Stratégie Ender… Merci pour cette critique, Baptiste ! … Je ne l’ai pas lu, je n’ai vu que la BA du film… Mais, à mon sens, c’est un signe des temps : les espoirs de toute l’humanité y reposent sur un enfant, auquel on confit le commandement de toute la flotte spatiale. Cela signifie au fond 1) que les adultes ne savent plus comment gérer leur jeunesse 2) qu’ils fabulent sa toute-puissance 3) simultanément, qu’ils la sacrifient ; en effet, l’enfant doit être sacrifié, du moins dans la bande annonce – et, s’il survit dans le film, c’est pire encore, parce que cela signifie qu’il est supérieur en tout à l’adulte… Je dis tout cela d’intuition. Qu’en penses-tu ?
    Amicalement

    1. Merci pour ton commentaire !
      Petit conseil : ne regarde pas l’adaptation cinématographique qui est du grand n’importe quoi :-)

      Tes pistes ne sont pas fausses, mais elles ne collent pas non plus bien au livre. Mais le problème ici est que je ne peux rien dire sans en dévoiler beaucoup trop.

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